Les longs voyages en train on tous le même effet sur moi. Ils provoquent une réflexion constante. Sur tout et rien. Tous les sujets deviennent bons à réflexion, nous, la vie, mais le mieux c'est les gens. On les observe, les dissèques des yeux. On rentre dans le wagon, on trouve toujours quelqu'un a notre place, par principe. On regarde notre billet, oui le siège 24 est bien à nous, temporairement, pour quelques heures en tout cas. On s'excuse, on se décale, on sourit, on s'excuse encore. Toujours par principe. Puis on s'installe. Un coup d'½il au numéro du siège d'à côté. Le 23 fenêtre. Aucun passager n'est prévu avant quelques heures. Quelques heures de tranquillité. On peut se permettre de s'étaler. D'ailleurs on s'étale. On prend nos aises, et un bon bouquin, histoire de s'évader quelques heures, avant de réfléchir. Au fur et à mesure que le paysage défile à travers la fenêtre une douce somnolence s'empare de nous, on pose le livre et on se visse l'ipod dans les oreilles. Dans l'infime espoir que le sommeil nous trouve. Mais ça ne se passe jamais comme ça. Vous avez déjà essayé de dormir dans un train ? Premièrement, assis, nous sommes réveillé par les muscles de notre cou qui, avec le sommeil, se détendent & attirent notre tête violement vers le bas. Oh joies de l'apesanteur. Deuxième alternative : vous avez la chance d'avoir les deux sièges à votre disposition, mais bien évidement, ils sont déformés par les derrières des personnes qui vous on précéder, et il y a cet accoudoir. Celui qui est le centre de tous vos malheurs. Vous aurez beau chercher, sa place favorite sera toujours au creux de vos reins. Finalement vous vous relevez doucement, vous étalez comme vous pouvez, et commencer à regarder les gens et a vous poser des questions. Vous regarder ce couple assez âgé, ce jeune avec sa valise pleine de feuille, et cet autre affalé sur sa banquette, cette petite vieille, et cette famille avec chien compris. Puis vous vous posez des questions, vous posez votre tête contre la vitre et observez le paysage défiler à toute allure. Parfois, comme ça, avec la musique dans vos oreilles ça ressemblerais à un vieux clip. Tiens, le numéro 23 n'est pas arrivé. Sa station est passée et il n'est pas rentré. Cette idée vous traverse l'esprit quand doucement, vous détourner le regard de ces filets de couleurs défilant à travers la vitre. Un jour il faudra nous dire. Oui, toutes ces questions devront bien trouver une réponse un jour. Pourquoi ce jeunes emporte t'il autant de cours avec lui ? Pourquoi ce vieux couple est-il ici ? Et pourquoi le monsieur à la moustache proéminente a-t-il un chapeau trop petit pour sa tête ? Et le chien ne va pas nous faire profiter du contenu de sa vessie au moins ? Est-ce que le petit va arriver à casser la tablette du siège ou pas ? Pourquoi à chaque fois – oui parce que ça ne loupe jamais – quand il y a un boulet qui rentre dans le wagon, il se retrouve automatiquement à proximité de nous (alors que bien sur le wagon est presque vide) ? On est presque arrivés ? Quand est-ce que le con de derrière arrête de faire profiter tout le monde de sa musique de merde ? La clim c'est en option ? Il y a vraiment des gens qui habitent dans des coins pareils ? Pourquoi le train s'arrête en pleine voie toutes les heures ? Qu'est ce que je vais faire demain ? Comment je réagirais si ? Et si ? Et je fais quoi ? Quand ? Si ça n'avais pas été comme ça, comment ça aurait été ? Tu penses un peu à moi ? J'ai rien oublié ? Il fait chaud. Cet homme d'affaire là, le train ça doit le reposer le pauvre, il a l'air bien occupé ! Et celle là, et celui-ci. On imagine une vie aux gens. On reporte encore une fois notre attention sur la vitre, puis encore une fois sur les gens. Avec encore cent mille questions. Mais surtout : qu'est il arrivé au numéro 23 ? Puis le sommeil arrive. On ne se réveillera que quelques temps après. Les muscles meurtris et de nouvelles têtes autours de nous.